Repensons les pictogrammes du handicap

L’exposition « Repensons les pictogrammes du handicap » voit le jour en novembre 2025 à l’occasion de la SEEPH.

Issue du travail du quinzaine de graphistes coordonnés par Timothée Gerrier, elle nous invite à redécouvrir ces pictogrammes que nous voyons au quotidien et à travers eux, le regard que nous portons sur le handicap.

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Dans le cas des handicaps visibles, il y a tellement de préjugés !

SANS TITRE

COLINE MARTIN

Cette affiche s’intéresse à la question de la représentation dans les pictogrammes du handicap. Comme exemple parlant, on peut prendre le pictogramme le plus communément utilisé : celui du handicap moteur, représentant une personne en fauteuil roulant ; celles-ci représentent pourtant moins de 5 % des handicaps moteurs en France.

L’intention de cette affiche était alors de se poser cette question du langage pictographique et de la forme qu’on lui attribue. Qu’en serait-il si l’on avait mis en œuvre un langage moins représentatif, qui, par désir d’être inclusif, s’avère finalement discriminatoire sur certains points ? Est-ce qu’un langage plus abstrait, une fois bien conçu et adopté, ne serait pas une alternative intéressante ? Ce travail ne prétend pas détenir la réponse à cette question, mais explore cette idée à travers la déformation des pictogrammes officiels du handicap. À cela s’ajoutent des recherches colorées, signifiantes de cette variété des handicaps et des personnes concernées. La volonté est donc de proposer l’idée de nouveaux modes de représentation, permettant l’éventualité d’une plus grande inclusivité.

INVISIBLE WITHIN *L'INVISIBLE EN SOI

Lisa Chaput

On estime que près de 80 % des handicaps sont invisibles, logique donc qu’ils n’apparaissent dans aucun symbole officiel et souffrent d’une sous-représentation dans l’imagerie du handicap.
Aucune iconographie officielle ne traduit l’énergie dépensée, ni la fatigue sociale que peuvent provoquer les troubles sensoriels et/ou psychiques.
Cette illustration évoque ce monde intérieur qu’on ne perçoit pas.
Autour, le fond chargé et mouvant traduit le tumulte intérieur : pensées, émotions, sensations qui se bousculent, contrastant avec l’invisible de ce handicap.
Derrière une apparence ordinaire, il y a parfois un effort constant et malheureusement invisible.
La spirale, visible sur le torse et dans le fond, symbolise ce mouvement intérieur : la confusion psychologique et mentale, la fatigue sociale, l’inconfort émotionnel.
Elle devient ici une proposition de nouveau pictogramme, une façon d’imaginer un symbole pour ce qu’on ne voit pas.
Une invitation à regarder autrement, au-delà des apparences.

Modèle : Clara Buhagiar

# EXCLUSION

TIMOTHEE GERRIER

La loi de 2005 ainsi que la définition du handicap donnée par l’OMS nous indiquent que le handicap n’est pas inhérent à la personne en situation de handicap, mais qu’il résulte des circonstances liées à l’environnement et à la société, qui, en ne s’adaptant pas, créent le handicap.

Selon cette logique, tous les lieux devraient donc être accessibles. Or, les pictogrammes d’accessibilité signalent uniquement les lieux accessibles, sous-entendant ainsi, insidieusement, que les personnes en situation de handicap n’ont pas accès à l’ensemble des espaces de la société — et, par conséquent, qu’elles ne sont pas les bienvenues partout.

À travers cette affiche, j’ai souhaité inverser le rapport de force et faire changer de camp la honte. Plutôt que de mettre en avant les lieux qui « font l’effort de s’adapter » — alors que, selon la loi, l’inclusion est une obligation —, j’ai choisi de montrer ceux qui sont hors la loi. Que la honte change de camp. Montrons le manque d’humanité et faisons prendre conscience au grand public de la violence silencieuse qui existe dans les espaces publics et privés à l’égard des personnes en situation de handicap.

Pour réaliser cette affiche, j’ai utilisé de nombreux symboles. Sa mise en page s’inspire des affiches de consignes de sécurité incendie, censées être comprises par toutes et tous, mais que je trouve souvent très complexes à déchiffrer. Les pictogrammes, eux, s’inspirent du travail de Susan Kare (la designer des premiers pictogrammes d’Apple) : leur aspect pixelisé évoque le fait que l’exclusion existe partout, y compris en ligne. Les couleurs sont agressives et oppressantes, la lisibilité volontairement fatigante, tandis que les typographies, simples, contribuent à créer une affiche oppressante — à l’image du manque d’inclusion présent dans de nombreux espaces.

SANS TITRE

LEO PAIS

Tout en haut, le cœur humain avec les éclairs, c’est le pictogramme Maladie cardiovasculaire.
À gauche, il y a la Déficience visuelle avec un œil atteint d’un glaucome. On y voit une pupille dilatée et des vaisseaux sanguins.
En dessous, c’est la Déficience motrice (amputation) : un bras et une machette en flammes.
En dessous encore, c’est la Déficience psychique ou maladie mentale que j’ai représentée grâce à un crâne en morceaux qui tire la langue.
Au centre, on voit une colonne vertébrale avec les différentes parties d’un schéma : C1 à C7 sont les vertèbres cervicales / TH1 à TH12 sont les vertèbres thoraciques / L1 à L5 sont les vertèbres lombaires / S1 est le sacrum / S2 est le coccyx. L’éclair représente une douleur à la vertèbre C7. Il s’agit du pictogramme Maladie invalidante.
À droite, c’est la Déficience auditive ; j’ai dessiné une oreille avec des flammes lui sortant du conduit auditif.
En dessous, une main putréfiée revisite le pictogramme Allergie.
Enfin, le dernier pictogramme est celui de la Déficience intellectuelle ou déficience mentale. Il s’agit de deux poulets représentés dans la même position que les visages du pictogramme officiel. Souvent, les poules ne sont pas très malines et elles sont rarement épargnées par la maladie.
Cette manière de refaire les pictogrammes à ma façon est insolite et percutante.
Un portail recouvert à la fois de plantes grimpantes et de barbelés entoure le tout comme un cadre, pour fermer et ouvrir, pour rappeler que ces questionnements d’accessibilité se posent dans l’espace public.

SANS TITRE

JOSEPHINE DE BROCA

« Cette affiche revisite dix pictogrammes du handicap à travers une approche sensible et positive.

Chaque handicap est incarné par un personnage joyeux et expressif, transformant la différence en force.

Loin des logos froids et vectoriels, ces figures dessinées à la main célèbrent la diversité avec légèreté et humour.

Le nom du handicap disparaît au profit d’un prénom poétique (ex : Carole pour Maladie cardio-vasculaire), invitant à une lecture plus humaine et universelle du handicap. »

REGARDS

MATHILDE TRANEL

Cette affiche s’appuie sur une réflexion autour de la perception du handicap dans l’espace public. Les pictogrammes d’accessibilité, que l’on croise chaque jour sur les trottoirs, dans les parkings, les gares ou les bâtiments, sont devenus des signes si familiers qu’ils passent inaperçus. Ils sont partout, et pourtant, on ne les regarde plus vraiment.
J’ai voulu traduire cette invisibilisation symbolique à travers une approche graphique jouant sur la disparition et la banalisation : les pictogrammes sont présents, mais fondus dans le décor, comme effacés par l’habitude. Cette mise en retrait visuelle questionne notre regard collectif et notre tendance à ne plus voir ce qui, pourtant, représente l’inclusion et l’accessibilité.
L’affiche invite à reprendre conscience de ces symboles, à réapprendre à les regarder, non comme de simples éléments graphiques, mais comme les témoins d’un combat encore actuel : celui de la visibilité, de la reconnaissance et de la dignité des personnes en situation de handicap.

SANS TITRE

QUENTIN DUGAY

Je me suis posé beaucoup de questions pour faire cette affiche.
Aborder l’inclusion des personnes handicapées, ne serait-ce pas aussi penser la question de la norme ? J’ai décidé de travailler avec ce pictogramme très répandu, celui qui tente vainement de s’adresser à l’humanité toute entière. Derrière cette volonté d’universalité se cache une norme implicite — celle d’un corps valide et masculin.
J’ai fabriqué un tampon, et puis j’ai tamponné. En variant chacun de ces coups — encré, moins encré, masqué… — chaque pictogramme est le même, mais unique. Certains membres manquent et peuvent rappeler certains pictogrammes d’accessibilité. D’autres sont à peine imprimés et m’évoquent l’invisibilisation de toute une partie des vivant·es de ce monde, pour cause de non-conformité à une norme construite. Le tampon, c’est aussi l’administration institutionnelle, qui délivre ou non un statut, une existence officielle.
Plein d’autres questions sont arrivées une fois cette affiche terminée.

SANS TITRE

HELENE DUMONT

Souvent, sur les sigles de tête, il y a des rouages. Je suis partie de cette idée pour mon dessin. J’ai dessiné un grand visage pour mettre les pictogrammes à l’intérieur, revisités. C’est une tête qui tente de sortir la tête de l’eau.
Les détails de ce dessin, tout comme les propos, sont variés et s’enchevêtrent :
Quelqu’un a besoin de s’asseoir, mais personne ne se lève pour lui laisser la place,
L’infantilisation avec une balançoire et une tétine,
L’injustice avec la balance,
L’idée « Il n’est pas mieux parce qu’il n’est pas handicapé »,
La tête dans le sablier — se vider la tête, respirer,
Les requins représentant le jugement mais aussi l’épuisement, les douleurs,
Les méduses parce que ça pique, ça fait mal ; le crabe parce que ça pince,
Des pierres sous le fauteuil roulant, comme des embûches,
Du braille dans l’œil,
Quelqu’un qui ne veut pas voir le handicap et qui se cogne dans un panneau,
Le regard des autres,
Le changement,
L’amour.
J’ai voulu faire passer le message que le handicap, ce n’est pas facile à vivre. J’aimerais que le handicap soit accepté et pas jugé.

SANS TITRE

GREGORY GENG

J’ai identifié des personnes en situation de handicap en représentant leur visage comme des pictogrammes. Non pas pour les dissimuler ou les stigmatiser mais pour signifier simplement une partie de leur identité ; une manière de mettre en avant le déterminisme présent dans notre société.
C’est aussi une façon originale de les mettre dans un contexte banal, commun, à savoir le métro pour mettre en avant le fait qu’ils évoluent parmi les personnes valides, dans les mêmes conditions.
J’ai simplifié le graphisme de la scène à quelques traits pour rendre le message fort et significatif : les personnes handicapées sont parmi vous et partagent votre quotidien.

SANS TITRE

JUSTINE JOSSART

Les pictogrammes d’accessibilité s’émancipent de leurs cases rigides pour se rencontrer, se mêler et se confondre dans un joyeux désordre. Ce brouhaha visuel, à la fois festif et libérateur, bouscule les codes de la signalétique standardisée. En sortant du cadre, ces symboles retrouvent une forme d’humanité et de mouvement !

LIRE AUTREMENT

KILLIAN MAGUET

Cette affiche propose une relecture des pictogrammes d’accessibilité à travers le prisme de la typographie. Plutôt que de représenter le handicap par une icône figurative, j’ai choisi d’explorer la question de la communication et de la lecture en tant que graphiste. En superposant une typographie latine à une typographie en braille, l’affiche crée un dialogue entre deux langages : l’un visuel, l’autre tactile. Ce croisement symbolise la rencontre entre des modes de perception différents, mais complémentaires. L’esthétique, volontairement graphique et inspirée de la signalétique, détourne les codes du pictogramme traditionnel pour rappeler que l’accessibilité ne se résume pas à un symbole, mais à un effort collectif de compréhension mutuelle. L’affiche invite ainsi à repenser la notion d’inclusion, non comme un ajout périphérique, mais comme une superposition harmonieuse des différences.

SANS TITRE

SIMON HELLER

Il m’a été demandé de créer une image en revisitant un pictogramme du handicap. J’ai choisi celui illustrant les malvoyants et malvoyantes.
L’idée générale de l’exposition est de promouvoir l’inclusivité des personnes en situation de handicap. J’ai l’intuition que l’inclusivité passe aussi par les représentations positives dans les œuvres de fiction, d’imaginaire. Je choisis donc d’illustrer une jeune femme aux pupilles blanches, pourvue de pouvoirs magiques, dans un univers de fantasy. Elle est mise en scène de façon à mettre en valeur sa puissance, l’iconiser. Le personnage semble magiquement connecté à une boule d’énergie sur laquelle on retrouve une rune. Cette rune est inspirée du pictogramme que j’ai choisi.

SANS TITRE

TOM TOBERTS

Cette affiche vise à renverser les connotations négatives des pictogrammes actuels en les réinterprétant comme des symboles héroïques. Les super-héros incarnent l’espoir et la résilience ; certains d’entre eux vivent eux-mêmes avec un handicap et transforment leur singularité en véritable force, plutôt qu’en source de stigmatisation.